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Les intentions de ce Festival ? Donner à tous les publics, petits et grands, le goût de la lecture, leur permettre de s’exprimer à travers des ateliers artistiques et de l’écriture, échanger, créer et découvrir !

Françoise nous a écrit

IMPOSSIBLE DE TROUVE R UNE MINUTE POUR ÉCRIRE, IL S'EST PASSÉ TROP DE CHOSES DANS MA
VIE. Tout à mal commencé : j'ai pris la vie de ma mère en naissant, les fameuses fièvres puerpuérales
qu'a votre époque vous ne connaissez plus. Mais au XVIIIe siècle, c'était monnaie courante.
Dommage, jaurais peut-être bénéficié d'une mère aimante, intelligente, douce. Au lieu de cette
chance, j'ai eu un père odieux, autoritaire, méchant, qui maniait le fouet à tout propos. Il se
conformait aux usages de sa caste aristocratique : précepteur, équitation, costume et maquillage
impeccables. La nuée de domestiques me surveillait, me brusquait, et même la nuit, dans mon lit à
baldaquin, j'avais la visite des uns et des autres, et parfois, je devais batailler dur pour me soustraire
à des attaques plutôt gênantes. Personne à qui confier mon désarroi. Mon confesseur et directeur de
conscience était un vieux, adipeux et libidineux, pas vraiment la personne à qui confier mes
malheurs. Mon père le protégeait et l’adulait, et je les voyais tous deux se promener dans le parc et
festoyer autour de tables couvertes de gibier et de friandises appétissantes qui ne m'étaient pas
destinées. Mon père, qui aurait voulu que ma mère lui offre un héritier mâle, m'en voulait à mort
d'être une fille. Je mangeais avec les domestiques, dans la vaste cuisine en sous-sol du château, et
j'avais droit à leurs doléances et leurs plaisanteries déplacées. Entre les connaissances acquises
auprès de mon précepteur et l'univers revendicatif des serviteurs de mon père, finalement, j’ai
appris la vie et je me suis fait une opinion sur les événements qui grondaient sourdement et
passaient les murailles du château.
Car la révolution avançait. Nous savions que les paysans écrivaient des cahiers de doléances et qu'à
Paris des assemblées se réunissaient pour changer l'ordre social. Quand nous avons appris la prise de
la Bastille, mon père a été pris de panique. Une nuit, je l'ai vu partir dans un carrosse tiré par six
chevaux, évidemment accompagné de son éternel mentor à soutane, me laissant seule avec le
château, les domestiques et…ma perplexité.
Si vous voulez savoir la fin de l'histoire, vous devinerez que mon sexe, si décrié par mon père, m'a
épargnée. Seul un héritier mâle aurait été enlevé et condamné. Par contre, mon père, mâle et noble,
lui, bien que caché chez des paysans qu'il avait soudoyés, fut retrouvé et conduit à Paris sous les
huées du Tiers État disposé sur son passage, un peu comme vous le faites au XXIe siècle sur le
passage de ce que vous appelez le Tour de France. Mon père fut guillotiné le X vendémiaire de l'an III
,paix à son âme ! Quant à moi, me voilà orpheline, certes, mais mais libre d'inventer ma vie, forte de
tous les sévices surmontés, mais aussi d'une éducation complète, fomentée dans la tourmente.

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