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Les intentions de ce Festival ? Donner à tous les publics, petits et grands, le goût de la lecture, leur permettre de s’exprimer à travers des ateliers artistiques et de l’écriture, échanger, créer et découvrir !

Le journal d'Armelle

Aujourd’hui , nous sommes le… jour où tout arrive.

Depuis deux heures déjà, le ciel se couvre. L’air est de plus en plus lourd. Ca y est, j’entends le grondement libérateur, le ciel est zébré d’éclairs et je sens comme une odeur de souffre. De grosses gouttes s’écrasent mollement sur mes épaules. Je respire.

 Au loin, posé sur l’herbe, un bateau rond  tout de bois et de paille, gigantesque, percé de portes multiples de toutes tailles. On l’a construit là, à même la terre et il attend, debout sur ses béquilles.

Le rideau de pluie s’étoffe.  Derrière moi, un bruit inhabituel, sourd comme une cavalcade. Un nuage de poussière, les voilà courant, volant, marchant, glissant, deux par deux, ils ont reçu les consignes. Mais l’orage leur fait peur, alors ils se pressent. Une large  pente de bois les invite à monter en haut sur le pont.  Noé est là accoudé au bastingage, patriarche hiératique à la barbe fournie, un léger sourire aux lèvres. Il a ouvert grand les portes et tous s’engouffrent, éléphants, tigres, panthères, boas, écureuils, chats, chiens, poules coqs, oies et escargots et que sais-je encore. Ils sont si nombreux que je ne saurais les nommer tous.   Il faut les placer, les nourrir, les abreuver, les rassurer. Chacun trouve sa place.

La nuit arrive, la tempête est de plus en plus forte, les vents hurlent, déracinent les arbres. L’horizon est uniforme maintenant : plus de maisons, plus de palais, plus de montagne, la nature est liquide. Les béquilles ont disparu et l’on sent le balancement du bateau qui s’abandonne au gré des vagues, coquille de noix perdue dans un océan inconnu. Dans leurs abris, les animaux dorment d’un sommeil inquiet, peuplé de cauchemars. On entend parfois, un cri, un gémissement. Mais les chouettes veillent au grain. La hulotte interpelle l’effraie, les chauves-souris font de rondes.

J’ai rejoint ma cabine et je tente de dormir. Les cloisons sont minces. J’entends Noé qui regagne sa carrée. Il s’installe sur la table des cartes, prend une tablette d’argile fraîche, un stylet  et de sa large écriture cunéiforme, il grave : « Aujourd’hui, jour un du confinement, il pleut. »

Armelle Deleau 19/09/2020

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